Doudou

Un navire est venu ce soir
M’apporter la douce espérance
Que, d’ici peu, je pourrai voir
Les jeunes officiers de France.
Ils sont aimables, m’a dit maman,
Qui doit en avoir vu bien d’autres;
Amoureux fous, et de corps charmants,
Et de bouches semblables aux nôtres.

Doudou, Doudou,
Ma chère Doudou,
Poursuis ton joli rêve rose;
Fermes les yeux,
Tes jolis yeux bleus,
Et garde tes paupières closes.

Demain, peut-être, sous le ciel bleu,
Parsemé d’étoiles brillantes,
Un midship me fera l’aveu
Du trouble de son âme aimante.
Et, tendrement, sous les bois ombreux,
Nous dirons de bien douces choses,
Charmants échos de nos cœurs joyeux
A nos bouches à l’amour écloses.

Refrain

Joyeux, nous passerons ainsi
Les courts moments de son escale ;
Heureux, et sans aucun souci,
Notre joie n’aura pas d’égale.
Oh! cet amour des jours de printemps
Alors qu’une abondante sève
Nous dit : « Vous avez vingt ans,
Profitez de cette heure brève ».

Refrain

Hélas, bientôt il s’en ira
Vers les rives de sa patrie ;
En peu de temps il m’oubliera;
Je ne l’oublierai de ma vie.
Et si, parfois, il revenait
Aborder cette île jolie,
Alors je lui pardonnerai…
Mais tout cela n’est que folie!

Doudou, Doudou,
Ma chère Doudou,
Ton visage devient morose;
Ouvre tes yeux,
Je suis auprès d’eux,
Et je baise tes lèvres roses.