La lettre d’Edith

J’ai reçu ta lettre, cousin,
Celle où tu me dis ton chagrin
D’être si loin de ta famille.
Et pour que tu sois patient,
Je veux t’écrire du couvent.
Suis-je gentille ?

Finis, finis, les jolis mois
Où nous allions courir les bois
Pour y cueillir la pâquerette
Et nous asseoir si près, si près
Que parfois sans le faire exprès
J’étais coquette.

Car te voilà bien loin sur l’eau
Que le « Borda » doit être beau
Tu dois grimper dans les cordages.
Est-il bien haut le cacatois ?
J’y voudrais monter avec toi
Voir l’paysage.

Dis, te souviens-tu du hamac,
Sous les tilleuls, au bord du lac,
Où nous nous balançions ensemble.
Le tien doit t’y faire rêver
Et de beaux jours te rappeler
S’il lui ressemble.

Lorsque tu vas dans ton canot,
O mon cher petit matelot,
Tu dois songer que ta cousine
Y venait avec toi souvent
Et qu’on se moquait bien du vent
Et d’la bouline.

Sois bien sage, ne m’oublie pas !
Et rappelle-toi que tout bas
Tu me fis la chère promesse
De me conserver un trésor,
Oh! dis-moi que tu l’as encor
Pour mes caresses.

Tu m’écriras des ports lointains,
Où t’emmènera le « Bougain »
Dans ses croisières triomphales
Le long journal de tes actions;
Et n’oublie pas ma collection
De cartes postales.

Pleine de baisers frémissants
Et parfumée d’aveux troublants
Que ma douce lettre t’enchante.
Réponds-moi, tu seras gentil,
Et surtout que ce soit, petit,
Poste restante.

(GABOLDE, 1900).