Lettre au Midship

C’est tout triste que je t’ écris,
Midship mon père
Car la Baille d’hier s’est enfuie,
Y a rien à faire.
Adieu chahuts, adieu beuglots,
ô tradis Baille,
Faut plus faire culer les fistots,
Adieu la gloire.

Tu sais que la strasse a changé,
Progrès immenses.
Tout le régime est chaffusté
Plus que tu penses.
Adieu tradis où l’on gueulait
Vieux temps de rêves
Faut élever les fistots au lait
De peur qu’ils crèvent.

Les visières où l’on inscrivait
En lettres immenses
Les mois qui lentement fuyaient
Vers l’espérance,
Sont supprimés, dernier tuyau
Ça c’est infâme
Y paraît qu’c’est pas cabillot.
Pleure mon âme.

Et nos gris fièrement levés
Sur nos bleus sales
Tristement se sont rabaissés
Souffrants et pâles
Et les quettes retombaient
Bas sur nos têtes,
C’est chaffustard et ça paraît
Tristement bête.

Mais j’écrirai jusqu’à demain,
Que de ma tête
Les horreurs viendraient, c’est certain
En foule peut-être
Dans quelque temps s’ra interdit
D’ fumer la pipe
Y a plus moyen de faire de bruit
On nous apique.

Midship te souviens-tu du temps
Où quand la lune
Montait au ciel bien lentement
Dans la nuit brune
Nous allions tous chanter gaiement
Dans les bouteilles
Tout ça c’est fini maintenant
Les actieux veillent.

On veut nous faire râler c’est sûr,
Mais quoi qu’on fasse
Dans quelque mois un peu d’azur
Perdra sa place
Sur les faîtes de nos dolmens,
Et quand j’y pense
Cela me donne de temps en temps
De l’espérance.